31 mars 2008

Chapitre 1: l'oeuf

C’était au cœur de l’été lorsque cette histoire commença…

Le temps était chaud, les terres étaient sèches et le ciel était ensoleillé. La maison au coin de la rue Savane abritait la famille Dairangé qui ce jour là était émerveillée. Les Dairangé contaient parmi eux une femme et son mari seulement. Ce charmant couple marié depuis maintenant 6 ans, s’attardé avec une lourde caisse en bois dont ils s’efforçaient d’ouvrir. Armé d’un pied de biche, monsieur Dairangé s’acharnait sur leur colis captivant. Sa femme devant leur trésor, semblait ne plus pouvoir tenir en place tant son excitation était au maximum. Ce fut lorsqu’ils entendirent un bruit de bois fendu qu’ils purent suggérer que leur caisse était ouverte car, aveuglés par le panache de fumée qui s’y était échappé, les deux curieux n’y voyaient plus. C’est avec une lenteur exaspérante que s’échappa cet aride brouillard, laissant au couple admirer l’objet de leur convoitise. A l’intérieur se trouvait une tête d’élan fraîchement empaillé orné d’un losange vertical accroché au cou de la malheureuse bête.

Le couple su immédiatement de qui venait ce colis, c’était évident, une seule personne aurait pu leur envoyer une telle chose : leur oncle Albert, chasseur dans la savane.

-         Quelle horreur ! s’exclama la femme. Mon Dieu que c’est repoussant ! Quel cadeau ignoble !

-         Mais voyons chérie, sois raisonnable, lui dit son mari, c’est un cadeau absolument fantastique, l’objet de nos rêves !

-         C’est l’objet de tes rêves ! répliqua-t-elle.

-         Allons, comment peux-tu dire que c’est laid ? Tiens, nous allons l’accrocher au salon.

-         Hors de question d’accrocher une tête dans mon si beau salon ! Elle jurerait terriblement avec la couleur des briques !

-         Mais si l’oncle Albert venait à nous rendre visite ? Tu imagines sa déception s’il ne trouverait pas son trésor dans la maison ?

-         Tu sais bien qu’il ne vient jamais !

-         Ah ! répondit son mari en saisissant une lettre dans la caisse. Elle vient de l’oncle Albert.

-         Je m’en serai doutée ! Lis-la !

-         Cher neveu, c’est avec plaisir que je t’envoie ce magnifique spécimen (une tête d’élan si tu ne l’avais pas remarqué). J’espère que ce modeste présent te fera plaisir à toi et à ta femme. Tendrement, oncle Albert.

-         Tu vois ! s’exclama sa femme. Je t’avais dit qu’il ne viendrait pas. Nous ne sommes pas obligés d’accrocher cette chose repoussante !

-         Bien sur que si ! Moi j’y tiens !

-         Comme tu veux, mais à une condition !

-         Laquelle ?

-         Tu vas jeter la caisse à la poubelle !

-         Si ce n’est que ça, pas de problèmes ! Il n’y a rien d’autre dedans ?

-         Ah maintenant que tu me le dis !

Elle regarda à l’intérieur de l’énorme caisse pleine de poussière, et, avant d’éternuer une bonne quinzaine de fois, elle s’exclama :

-         Chéri ! Il y a… Il y a… un œuf !

-         Un œuf ? J’espère qu’il n’est pas fondu !

-         Pas un œuf en chocolat idiot ! Un vrai œuf ! dit-elle en sortant sa trouvaille.

L’œuf faisait bien 20 centimètres et pesait au moins 3 kilos. Il était brun très clair et était très dur.

-         C’est peut être un œuf de poule ? proposa son mari.

-         Un œuf de poule de cette taille là ?! Même une vraie poule est plus petite !

-         J’espère que tu auras une poêle assez grande pour le cuire ! Tu le préfères comment à la coque ou au plat ?

-         Mais quel idiot !!

-         Bon ça va, si tu le préfères en omelette c’est d’accord !

-         Mais ce n’est pas un œuf à manger ! C’est un œuf avec quelque chose de vivant à l’intérieur…

-         Tu crois que c’est un œuf de dinosaure ?

-         Pour ton information, les dinosaures ont disparu depuis des siècles !

-         Tout le monde dit des bêtises ! Un homme a bien dit que la Terre était ronde, ahahahaha ! Quel imbécile !

-         Je me demande de quel animal il s’agit…

-         Vu la taille qu’il fait je pencherai pour un éléphant !

-         Depuis quand les éléphants pondent des œufs ! Espèce d’imbécile !

-         De toutes façons on verra bien qu’est-ce qui en sortira.

-         Oui mais si c’est un animal dangereux…

-         Il ne sera pas dangereux puisqu’il sera bébé. Et puis, qui te dis qu’il va éclore ? Peut être est-il simplement mort à l’intérieur ?

-         Est-ce que tu crois qu’oncle Albert nous l’a envoyé volontairement ?

-         A mon avis oui. Et s’il nous a envoyé un œuf d’un animal c’est qu’il est inoffensif. Ou alors c’est pour le manger…

-         Inutile d’insister, on ne le mangera pas. Mais pourquoi ne nous en a-t-il pas parlé dans sa lettre ?

-         Simplement pour nous faire une surprise.

-         Nous devrions quand même lui téléphoner, au moins qu’on sache si cet œuf a été envoyé volontairement ou pas.

-         Vas-y mais ça m’étonnerait que tu arrives à l’avoir. En ce moment, il doit être parti en exploration.

La femme prit le téléphone et composa le numéro de l’oncle de son mari mais celui-ci ne répondait pas.

-         Apparemment il n’est pas là, expliqua la femme. Bon, il est temps que j’aille préparer le déjeuner.

-         On mange quoi ? Des œufs ?

-         Je ne veux plus entendre parler d’œuf tant que je ne sais rien de celui-ci !

Ce fut la journée la plus angoissante que madame Dairangé n’eut jamais eue, elle s’attendait à ce que l’œuf éclos et laisse apparaître un monstre hideux qui lui aurait sauté au cou ! Et quand vint l’heure de se coucher, madame Dairangé posa l’œuf dans le couffin qu’elle avait lorsqu’elle était petite. Elle monta se coucher et s’allongea dans son lit, à coté de son mari déjà assoupi. Mais elle n’arrivait pas à dormir, non à cause des horribles ronflements de son mari, par chance elle y était habituée, mais toujours cet œuf qui la perturbait.

C’est au moment où madame Dairangé s’endormit que d’étranges bruits résonnaient dans le salon où était entreposé l’œuf mais elle ne fut pas réveillée par ces craquements inquiétants… Elle rêvait qu’elle et son mari s’amusaient avec un enfant qui était le leur. Madame Dairangé n’avait jamais eu d’enfants, son mari qui en quelques sortes en était déjà un ne voulait pas prendre de telles responsabilités. De plus, elle n’arrivait pas en avoir et, à la seule vue d’une femme enceinte elle se sentait mal à l’aise. Cette femme aurait tant aimé avoir des jouets d’enfant pour son fils encore inexistant… Le seul objet enfantin qu’ils avaient chez eux était un nounours marron avec un œil en moins qui appartenait à son mari.

Bientôt les craquements redoublèrent et ils tirèrent madame Dairangé de son sommeil. Elle se mit assise et tendit l’oreille. Plus de doute en effet, l’œuf était en train d’éclore !

-         Chéri ! s’écria-t-elle. Réveille-toi ! L’œuf ! Il est en train d’éclore !

Son mari qui ne bougea même pas d’un pouce, se retourna en serrant sa peluche encore plus fort. Découragée, elle prit son courage à deux mains et sortit de sa chambre toute tremblante. Elle descendit les marches une à une, le plus lentement possible. Son cœur semblait sortir de sa poitrine tellement elle était pétrifiée. Arrivée au rez-de-chaussée, elle se mit devant la porte de son salon et attendit quelques instants. Puis d’une main tremblante, elle tourna la poignée. Dans le noir, elle avança à tâtons, cherchant l’interrupteur mais avant qu’elle ne le trouve, elle aperçut l’ombre d’une bête féroce au dessus de la cheminée ! Elle fut incapable de crier, bien qu’elle l’aurait voulu mais seul un son muet sortit de sa bouche.

Enfin, elle trouva l’interrupteur et en une fraction de secondes, elle réussit à appuyer dessus. Elle leva la tête en direction de l’élément qui la terrorisait et s’apprêtant à voir une immonde créature, elle aperçut la tête d’élan accrochée à la cheminée. Elle poussa un soupir de soulagement et s’assis, ralentie par cet hostile sentiment de frayeur qu’elle avait eu. Et puis elle constata que comme elle l’avait prédit, la tête d’élan jurait pitoyablement avec les briques ! Il était à présent 6 heures du matin et le temps s’écoulait toujours aussi vite.

Enfin, elle arriva devant le couffin où reposait l’œuf, elle se mise accroupie et approcha sa tête de l’œuf. Son cœur fit de nouveau un bond dans sa poitrine : l’œuf commençait à craquer ! Cette fois, elle hurla si fort que même son mari se réveilla et accouru auprès de sa femme de sa démarche ensommeillée.

-         Qu’y a-t-il ?

-         L’œuf ! Il est en train d’éclore !

-         Mince ! Et moi qui voulais le manger !

-         Fais attention que ce ne soit pas la chose qu’il y a dans cet œuf qui te mange !

-         J’ai peur ! s’écria-t-il en reculant.

-         Je vois que tu m’ais d’une grande aide !

Tout à coup, un véritable morceau de coquille tomba de l’œuf, laissant apparaître à l’intérieur une chose molle et rose…

A présent, l’œuf ne faisait plus de bruit. Seule la respiration de madame Dairangé retentissait dans le salon ainsi que les claquements de dents de son mari. Puis tout à coup, l’œuf se brisa, des fragments de coquilles s’envolèrent de tous les cotés laissant tout de même le temps à la femme de reculer de ces projectiles, et un bruit de craquement résonna. Une fois que plus rien ne surgit à l’horizon, madame Dairangé s’approcha lentement du nouveau-né…

- Chéri ! s’écria la femme. Ce n’est pas un animal dangereux, c’est une autruche !

L’animal ne portait encore aucun plumage, sa peau rosâtre plissée faisait de cette bête un être royalement laid. Son petit bec s’ouvrait et se fermait laissant apparaître à la femme, sa fine langue. Ses pattes semblaient ne donner aucun équilibre à la malheureuse créature, qui, ennuyée, regardait de tout les cotés, attristée par ce silence morbide.

D’une vivacité monotone, elle exécuta le son net et précis d’un long bâillement, plainte de la journée exténuante qu’elle avait passée. De ses yeux étrangement plissés sortait le corps mélodieux de la tendresse animale. Ses gestes extrêmement maladroits, donner à quiconque l’envie de l’aider à franchir le couffin, pour qu’elle puisse aller se loger dans les bras de la personne à qui elle aurait offert, son amour débordant.

Le couple, attendri devant ce précieux spectacle, n’eut même pas le temps de s’apercevoir que le charmant volatile prenait la fuite.

-         Chéri ! s’écria madame Dairangé, elle s’enfuit !

-         Hein ? Qui ça ?

-         Mais l’autruche, imbécile ! Rattrape-là !

-         Mais ne t’en fait dont pas, elle n’ira pas bien loin, répondit-il avec une lenteur concurrente aux escargots.

-         Chéri ! La porte est ouverte !

Mais avant qu’ils aient pu faire quoi que ce soit, l’autruche avait filé avec une énergie débordante pour une nouvelle née.

Posté par hsj1992 à 17:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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